Collaborer, la voie vers une industrie de la mode plus durable ?

Écrit par Alixe Averty et Anne Jørgensen

Ces deux dernières années, l’industrie de la mode a dû s’adapter aux attentes grandissantes des consommateurs, concernés par la façon dont sont produits les vêtements qu’ils achètent. Par conséquent, de nombreuses marques de mode ont décidé de contribuer au développement durable; c’est ce que l’on appelle la Responsabilité Sociétale des Entreprises ou RSE.

Aujourd’hui, cette transition vers un développement dit « durable » représente un véritable défi pour les entreprises. En effet, ces dernières doivent réinventer leur modèle économique à tous les niveaux, et ce, sans savoir par où commencer : faut-il travailler sur les matières premières ? Sur les fournisseurs ? Ou encore sur la transparence ? Sans parler de la question des fonds nécessaires à la mise en place d’une stratégie RSE.

Le premier réseau RSE danois

En 2016, Mette Lind Jensen, se voit chargée de la stratégie RSE de la marque Samsøe & Samsøe. Elle se rend alors compte qu’un grand nombre de changements doit avoir lieu, afin d’appliquer les principes du développement durable à l’ensemble de l’entreprise. Face à l’ampleur et à l’urgence de la tâche, ainsi qu’en l’absence de connaissances sur le sujet, Mette s’est rapidement sentie dépassée.

À cette époque, l’industrie de la mode danoise était un milieu encore très fermé, au sein duquel aucune collaboration entre entreprises concurrentes n’était imaginable. Malgré cela, Mette Lind Jensen décida de se tourner vers d’autres entreprises, les invitant à échanger toutes ensemble autour des enjeux et solutions pour une transition durable. Le premier « réseau RSE » danois était né !

Cette collaboration fut une véritable réussite, puisque depuis plus de 2 ans, ce sont 7 entreprises concurrentes qui se rassemblent régulièrement afin d’échanger sur leurs stratégies RSE. De plus, l’engouement pour cette idée fut tel, qu’un second réseau RSE a vu le jour entre-temps, permettant à 18 entreprises de mode, d’échanger elles aussi sur ces sujets.

Réseau RSE

Quand l’union fait la force

Les entreprises, à l’origine des réseaux RSE, ont eu besoin d’un certain temps pour apprendre à se connaître et pour se faire confiance les unes les autres. Cependant, ces dernières ont rapidement compris l’intérêt d’un dialogue commun, pour trouver des solutions concrètes face aux enjeux que représente une transition durable. Par conséquent, lors de ces échanges il est question de nombreux sujets, mais jamais de chiffre d’affaires. Mette confie qu’il s’agit ici d’un réel plaisir pour les entreprises, de pouvoir avoir un dialogue qui n’est pas monopolisé par les chiffres, ni par leur position de concurrents.

En l’absence de cette rivalité économique, les réseaux RSE sont plus à même de proposer des solutions concrètes, pouvant impacter positivement l’ensemble de l’industrie de la mode danoise. En effet, les questions traitées par ces réseaux relèvent le plus souvent de tâches quotidiennes, mais aussi de projets à long terme, tels que la gestion du surstock, l’efficacité et l’impact de matières innovantes, ainsi que de nombreux autres sujets.

L’impact de ces réseaux RSE sur l’industrie de la mode est d’autant plus important grâce à la participation de l’organisation Danish Fashion & Textile. Cette organisation rassemble de nombreux acteurs danois de l’industrie de la mode, dont les entreprises de mode, membres des réseaux RSE. En prenant part aux échanges de ces réseaux, l’organisation joue un rôle très important, puisqu’elle structure les connaissances obtenues, afin de les communiquer à l’industrie tout entière. Grâce à cette vision globale, l’industrie de la mode danoise a alors toute les clés en main pour changer durablement.

La création de ces réseaux RSE, ainsi que les échanges qui y tiennent place, ont donc un impact non négligeable sur le modèle économique de l’industrie de la mode, tel que chacun le connaît. En effet, qui aurait pu croire qu’une collaboration aurait pu naître au sein d’un secteur connu pour être fermé et très concurrentiel ?

Les fournisseurs, des partenaires clés de la transition durable

RÉSEAU RSE

À propos de la marque

Samsøe & Samsøe est une entreprise danoise bien établie, dont la clientèle est internationale. Elle a commencé sa transition durable en 2016 et pour la première fois, en 2020, elle a publié sa stratégie de développement durable, ainsi que son rapport RSE.

Le constat est simple : beaucoup de marques danoises font appel aux mêmes fournisseurs. Or, si ces entreprises collaborent au sein de réseaux RSE pour partager diverses informations, cette collaboration ne s’étend pas encore jusqu’à leur chaîne de production.

C’est pour cette raison que l’entreprise Samsøe x Samsøe contribue actuellement au développement d’un outil gratuit et accessible, facilitant l’échange d’informations entre les fournisseurs et les marques, ainsi qu’entre les différentes marques. Par exemple, les informations délivrées par cet outil pourrait être mises à jour par le fournisseur, ainsi que par les diverses marques travaillant avec lui. L’idée principale est donc ici de partager des données clées en toute transparence. L’objectif pour les marques danoises selon Mette : “S’entraider et non pas se concurrencer, afin de contribuer à une industrie de la mode plus durable.”

Au-delà d’un partage de connaissances, les marques de mode danoises semblent donc avoir tout à gagner en unissant leurs forces, y compris à l’échelle de leurs fournisseurs.

Les prémices d’un changement global de l’industrie de la mode ?

Cette initiative danoise laisse donc suggérer la possibilité d’une collaboration entre les divers acteurs de la mode, et ce, à différentes échelles.

D’une part, cette collaboration pourrait s’étendre à d’autres pays. Ceci est notamment le cas à l’échelle de l’Union Européenne, où les marques sont invitées à collaborer sur le plan stratégique, en définissant de nouvelles lignes directrices et régulations pour le secteur de la mode. Cependant, Mette souligne que ce type de collaboration se révèle complexe sur le plan pratique car chaque pays dispose de ses propres standards et chaîne d’approvisionnement.

Une transition durable de l’industrie de la mode ne semble possible, que si l’ensemble des acteurs qui la composent – les entreprises, les médias, les décideurs politiques, les ONGs, ainsi que les consommateurs – collaborent tant sur le plan stratégique que sur le plan pratique.

En conclusion, il est intéressant de se demander si une telle collaboration à la fois stratégique et pratique est possible, et ce, afin de limiter durablement l’impact négatif de l’industrie de la mode sur l’environnement et les Hommes.